Historique

L’association l’Abri fût créée en 1984 par un collectif d’associations d’institutionnels et de particuliers préoccupées par la situation des personnes en situation de grande précarité, avec pour mission première l’hébergement d’urgence.

Au cours de l’hiver 1982-1983, les associations caritatives sont très sollicitées pour accueillir, héberger et apporter le minimum vital aux personnes sans ressources, sans qualification, en situation d’errance. A l’initiative du Secours Catholique, du Secours Populaire, de la Croix-Rouge, se crée un collectif auquel adhèrent les Eglises catholiques, protestantes (réformée et évangélique), le CCAS d’Evreux, des associations de quartier et des particuliers. Ce collectif créé en mai 1984 est l’association L’Abri dont la mission première est l’hébergement d’urgence des familles ou personnes seules sans logement ni ressources, ceux que la société qualifie alors de «nouveaux pauvres».

L’hiver 1984, du 15 novembre au 15 mars, l’accueil s’effectue dans deux appartements à la Madeleine pour quatre familles et dans une maison à Gravigny pour une dizaine d’hommes seuls. Les difficultés rencontrées dans l’accompagnement des familles amènent l’association à se limiter à l’accueil et l’accompagnement des hommes seuls, en collectif.

Suite à la recherche infructueuse d’un local adéquat, la Ville d’Evreux autorise la mise en place de bâtiments, type algeco, pendant la période d’hiver sur le camping, 7 route de Conches, à Evreux. La capacité d’accueil est de 12 places. Un surveillant de nuit assure la sécurité, l’accompagnement social est fait par des bénévoles et les salariés en contrat aidé. Chaque été, le terrain doit être libéré.

Le développement

En 1989, l’opportunité se présente d’acheter deux bâtiments préfabriqués (dortoir pour l’un, lieu de vie et restauration pour le second). La Ville d’Evreux accorde le permis de construire et une subvention annuelle pour aider l’Association à rembourser l’emprunt contracté.

Les plans d’aménagement interne sont établis par un usager, dessinateur industriel de profession. Le montage est effectué par les usagers eux-mêmes, employés par l’association intermédiaire Contact Service, sous la direction d’un chef d’équipe.

La capacité d’accueil passe de 12 à 24 places. Les locaux étant permanents, la période d’ouverture s’allonge régulièrement d’une quinzaine de jours par an. En 1994, l’aide de nos partenaires financiers (Direction Départementale des Affaires Sanitaires et Sociales (DDASS), Conseil Général de l’Eure, Ville d’Evreux) permet l’embauche d’un travailleur social en CDI et l’ouverture du «Foyer» toute l’année, 24 heures sur 24.

Cette même année, grâce à l’accompagnement par un usager auprès d’une personne seule en fin de vie, l’Association bénéficie de la location d’un pavillon 54 rue Jean-Moulin, avec la possibilité d’y héberger quatre personnes en CHRS diffus, dans quatre chambres individuelles. Un potager est à leur disposition pour permettre aux personnes de se mettre progressivement au travail, mais aussi de produire des denrées alimentaires pour leur alimentation. Cette structure sera appelée «Caravelle».

En 1997, un don de la société Reader’s Digest de 100 000 francs (15000€) permet l’achat et la construction d’un troisième préfabriqué au « Foyer», permettant d’avoir une salle destinée principalement à l’animation.

L’agrément Centre d’Hébergement et de Réinsertion Sociale (CHRS) en 1998, la structuration progressive et la professionnalisation.

La suppression des crédits d’Etat «précarité-nouvelle pauvreté», soutien essentiel du fonctionnement du «Foyer», pose un réel problème de survie. La qualité du travail d’accompagnement accompli par les acteurs de l’association : l’équipe salariée, les bénévoles, les administrateurs et la nécessité de maintenir un accueil d’urgence sont reconnues par la DDASS, laquelle propose et défend notre candidature en Comité Régional d’offre Social (CROSM) pour devenir CHRS. L’agrément est obtenu en novembre 1998 avec un financement en 1999. Ce nouveau statut permet l’embauche d’un Directeur et le renforcement de l’équipe d’accompagnement qui est portée à sept Equivalents Temps Plein (ETP), permettant ainsi de recruter du personnel qualifié.

Ayant constaté que le séjour en CHRS ne donnait pas toutes les chances de réinsertion, notamment vers le logement, l’Association envisage la mise en place d’un «sas» vers le logement par le biais d’une structure collective en logement d’insertion (ALT) avec un accompagnement de proximité. Ce projet a pu se réaliser en 1997 avec l’achat d’une maison au 82 rue Pierre Sémard, à EVREUX, financée à 50% par l’Etat, 25% par la Région et 25% par un emprunt garanti par la Ville d’Evreux.

Cette maison dite «Frégate» accueille à son ouverture douze personnes dans six chambres doubles conventionnées en ALT (Aide au Logement Temporaire). Le siège social de l’Abri y est transféré. Ce lieu a permis la mutualisation de moyens (accueil et secrétariat) avec l’AARDE (Association d’Aide à la Réinsertion des Détenus de l’Eure).

Suite à cet accueil, l’association se rend compte qu’il y a des personnes qui ne peuvent accéder à un logement du fait de leur isolement, de la faiblesse de leurs ressources et de leur manque d’autonomie. En 2001, nait alors, en lien avec les partenaires, l’idée de réfléchir à la création d’une pension de famille. Ce besoin est acté dans le schéma départemental 2002- 2006, d’accueil, d’hébergement insertion (AHI). L’association l’Abri est reconnue comme porteuse du projet de première pension de famille du Département.

La diversification des outils d’insertion et l’ouverture à de nouvelles problématiques sociales et médico-sociales

En 2002, partant du constat que plusieurs personnes accueillies ne disposent pas de ressources et éprouvent des difficultés à aller vers les services de droit commun, l’association obtient un agrément pour instruire le Revenu Minimum d’Insertion (RMI) afin d’aller vers les personnes accueillies et de favoriser l’accès aux droits des personnes. Les bénéficiaires du RMI sont accompagnées par une personne référente de l’association.

En 2003, pour favoriser l’accès au logement et à partir d’une expérience de colocation des personnes suivies, l’Association demande et obtient l’agrément de pratiquer le bail glissant avec l’aide à la médiation locative.

En 2004, l’association ouvre la première pension de famille (Maison Relais) du département pour répondre à la nécessité de «stabiliser» les personnes par le logement et lutter contre leur isolement.

Aussi, en 2004, l’aide à la médiation locative s’ouvre à d’autres publics dont les réfugiés statutaires. Des partenariats se formalisent avec les services de l’Etat, les bailleurs et les autres associations avec le glissement des baux.

En 2005, en partenariat avec l’association EDIAS, les services de l’Etat, les institutions judiciaires et le Conseil Général, s’ouvre la seule structure du département à accueillir les auteurs de violences conjugales, afin de favoriser l’éloignement des auteurs et contribuer à la lutte contre les violences faites aux femmes.

Périodes de coopération et de rapprochement

En 2008, l’association, toujours soucieuse de répondre aux besoins des personnes en difficultés, intègre de nouveaux services, dont les Lits Halte Soins Santé (LHSS) pour répondre aux besoins de soins pour les personnes sans abri, un service destiné aux Personnes Placées Sous Mains de Justice (PPSMJ)et un service de soins socio esthétique pour améliorer la qualité de vie et qualité de soins.

  • Une structure médicosociale Lits Halte Soins Santé de 6 places, destinée à l’accueil temporaire de personnes en situation de précarité dont l’état de santé ne justifie pas d’une hospitalisation mais qui ont besoin d’une prise en charge adaptée.
  • Un service d’aide à la réinsertion des détenus et des personnes placées sous- main de justice, qui travaille en collaboration avec le Service pénitentiaire d’insertion et de probation de l’Eure afin de préparer leur sortie. Ce service est issu d’une fusion avec l’AARDE.
  • Un service de soins socio esthétique, qui vise à améliorer et à valoriser l’image de soi des personnes, ainsi qu’à détecter des problèmes de santé et à sensibiliser à l’hygiène. Ce service est issu d’une fusion avec APECHES.

En janvier 2009, la DDASS de l’Eure confie à l’association la mise en place d’un Service d’Accueil, d’Evaluation et d’Orientation (SAEO) sur Evreux et les 36 communes du Grand Evreux Agglomération (GEA).

En avril 2009, un dialogue entre l’Abri et l’association Pause- Café qui gérait 23 places ALT et dont l’accompagnement social n’est plus financé, permet de proposer un projet à la DDASS : les places ALT vont venir renforcer le dispositif de l’Abri. Par ailleurs, l’organisation du repas convivial du mardi soir continue dans le local de Pause-Café ( à Evreux) de même que l’activité de récupération et de réparation de mobiliers, « Bric à brac », qui a été reprise par l’Abri afin d’offrir un nouvel outil d’insertion aux personnes hébergées.

Par ailleurs, en juin 2009, une fusion avec l’association Aster permet de créer un véritable pôle médico-social, avec un Centre de Soins Spécialisés aux Toxicomanes (CSST), des appartements de coordination thérapeutique (ACT) et des actions de prévention. Suite à cette fusion, et dans le cadre de transformation des Centres de Soins Spécialisés aux Toxicomanes (CSST) en Centre de Soins d’Accompagnement et de Prévention en Addictologie (CSAPA) et ce dans le cadre de la mutualisation des moyens, l’Association l’ABRI s’engage, avec le Centre Hospitalier de Navarre (CHS actuellement Nouvel Hôpital de Navarre), dans la création d’un Groupement de Coopération Sociale et Médico-sociale. Celui-ci permettra de regrouper les CSST précédemment gérés par l’association Aster et le CHS de Navarre. Depuis 2012, et en complémentarité des ACT, l’association coordonne le dispositif d’Aide à Domicile pour les personnes séropositives (ATC Domicile), sur toute la région Haute Normandie

Préoccupée par la situation des jeunes, l’association l’a inscrite dans le projet associatif et plus précisément dans les orientations. En novembre 2011, la fusion avec l’association «Les Amis des Jeunes Travailleurs» et la construction d’un Centre d’Hébergement et de Réinsertion dédié aux jeunes ont permis de créer un pôle jeunesse. Celui-ci est composé du Foyer Jeunes Travailleurs, du Service Habitat Jeunes (SHAJ), issus de la fusion absorption de l’association «Les Amis des Jeunes Travailleurs» et du CHRS Jeunes, qui a ouvert le 2 avril 2014.

En 2013, suite à la fusion absorption de l’association l’Eure Espoir, l’association l’Abri est devenue parrain gestionnaire des Groupes d’Entraide Mutuelle (GEM) d’Evreux, Bernay et Louviers. Les GEM représentent pour les personnes en souffrance psychique, un lieu ouvert, convivial, dans lequel les personnes se retrouvent autour d’un projet commun et de responsabiliser et reprendre confiance en soi pour les adhérents. La problématique des personnes souffrant de pathologies psychiatriques faisait partie aussi des orientations du projet associatif. Dans la même optique, suite à un appel à candidature, et dans le cadre d’une expérimentation, l’association l’Abri a porté un projet nommé «Dispositif d’Accompagnement de Proximité de l’Eure » (DAPE), qui propose un logement en colocation et un accompagnement médico-social spécifique auprès de personnes souffrants de pathologies psychiatrique, psychique, sortantes de détention et/ou vieillissante.

En 2014, Le «Bric à Brac» devient une ressourcerie – insertion, dans le cadre d’un atelier chantier d’insertion (ACI), avec la création de six emplois.

L’association ayant constaté que l’insertion ne peut pas se faire complétement sans l’insertion professionnelle, s’est engagée dans l’insertion des jeunes en répondant aux appels à projet dans le cadre des adultes relais. Une convention avec la DIRECCTE a été signée pour favoriser l’insertion des personnes accueillies au sein des structures de l’Abri.

En 2015, cette activité s’amplifie avec la création d’emplois pour les personnes éloignées de l’emploi, dans le cadre des contrats à durée déterminée d’insertion (CDDI).

Ainsi, depuis sa création, l’association l’Abri se caractérise par :

  • La capacité des professionnels à détecter des besoins non satisfaits, de nouvelles problématiques, et à interpeller les administrateurs qui ont pu ainsi alerter les pouvoirs publics et être force de proposition. Nous sommes attachés à cette communication permanente entre salariés et bénévoles qui est une force de notre association et permet une grande réactivité.
  • La confiance et la considération accordée aux usagers qui ont été, à différents moments de l’histoire, associés à la réflexion et à la mise en place de projets.
  • La capacité à saisir des opportunités et à dialoguer avec les autorités en charge des politiques publiques pour élaborer des réponses adaptées aux besoins repérés sur le territoire.
  • Sa participation à la politique de la jeunesse, fidèle à la vocation d’éducation populaire et de promotion sociale, nous adoptons une approche globale et individualisée de chaque jeune, de chaque personne, en utilisant, à partir de l’habitat, les atouts de la vie collective enrichie par un brassage délibéré favorisant la rencontre et les échanges entre jeunes et usagers, encourageant les solidarités de proximité issues de la multiplicité des expériences, des situations, des perspectives qui sont celles de tous les publics accueillis et /ou accompagnés.